Pérou : le quechua et l’absence de traduction dans le débat présidentiel

Par Margot Olivera

En avril de cette année a eu lieu au Pérou un débat présidentiel dans lequel Ciro Gálvez, candidat présidentiel du parti RUNA (Renacimiento Unido Nacional), s’est adressé à la population en langue quechua. 

Il convient de noter que le quechua est une famille de langues originaire des Andes péruviennes qui s’étend sur six pays de l’Amérique du Sud : l’Argentine, l’Équateur, la Colombie, le Pérou, le Chili et la Bolivie. Par ailleurs, plus de 3,5 millions de Péruviens parlent le Runa Simi (mot quechua qui signifie langue des hommes).

Ce qui est frappant, c’est que, lors du débat, il n’y avait pas d’interprète du quechua à l’espagnol pour transmettre les idées du candidat à ceux qui ne parlent pas cette langue autochtone.

La langue quechua s’étend sur six pays de l’Amérique du Sud : l’Argentine, l’Équateur, la Colombie, le Pérou, le Chili et la Bolivie.

Dans une entrevue accordée à un média local, Edwin Alarcón La Torre, défenseur de la langue quechua et professeur au Centre de langues de la Pontificia Universidad Católica del Perú (PUCP), a traduit les passages du discours dans lesquels le candidat Ciro Gálvez utilise la “variété de quechua du sud, le chanka“. Mais il faut noter qu’il s’agit d’une traduction contextualisée, car il prévient qu’il n’est pas possible de faire un doublage littéral en espagnol. Voici quelques extraits de la traduction en question:

Traduction du quechua :

0:16 Nous, les enfants des Incas, sommes forts. Nous ne nous laisserons intimider par rien, afin que notre Pérou puisse marcher vers le haut.

1:17 Il en est ainsi maintenant, frères et sœurs…

2:29 Comment est-ce possible ? Vous êtes des menteurs. Vous êtes méchants, ce n’est pas bien.

“En outre, comme beaucoup de termes sont polysémiques, un terme peut avoir plusieurs sens”, a déclaré La Torre. Ainsi, l’enseignant de quechua souligne l’importance de comprendre le contexte des phrases.

Selon le recensement de 2017, le Pérou compte 3 799 780 habitants qui parlent le quechua comme première langue, ce qui représente une proportion de 13,6% de la population totale du pays. (Source : https://www.inei.gob.pe/media/inei_en_los_medios/20-SET-EL-COMERCIO-26.pdf)

Le candidat présidentiel a également déclaré à un autre média péruvien que l’absence d’un interprète du quechua à l’espagnol pendant le débat démontre que le Pérou est divisé et que les Péruviens ont des problèmes pour se comprendre. Il a également indiqué qu’il n’avait pas été consulté à savoir s’il allait utiliser le quechua dans son discours.

Finalement, Ciro Gálvez a souligné que l’une des propositions de son parti est axée sur “l’unité dans la diversité” : “Chaque peuple est différent, mais se sent en même temps partie intégrante d’une unité. Il y a cette unité, cette cosmovision, chez des millions de Péruviens autochtones […] Les peuples d’un pays ne doivent pas se sentir aussi unis par le passé, c’est une erreur au Pérou, mais par l’avenir”, a-t-il déclaré